Réflexions sur les fonctions cognitives

Intuition introvertie (Ni), transe et rituels

De nombreuses personnes au sein de la communauté MBTI s’accordent à dire que les INJ ont un regard caractéristique. A la fois évasif et très pénétrant, comme s’ils fixaient intensément quelque chose… dans un autre monde. (En ajoutant des sourcils froncés, on obtient le fameux « death stare » des INTJ.) Pour moi, il s’agit de l’expression que prennent les INJ lorsqu’ils sont occupés à contempler les mouvements abstraits que crée Ni à l’intérieur d’eux. Ils entrent et sortent de cet état second très naturellement, de nombreuses fois par jour, comme s’il leur était plus simple d’appréhender le monde en contemplant son reflet (flou, déformé… mais d’une façon qui a du sens pour l’INJ) qu’en l’observant directement. On saisit l’essence de leur personnalité en étant attentif à la manière dont ils manifestent ces ondulations désincarnées dans la réalité. Aujourd’hui, je vais décrire les aspects qui me semblent les plus primordiaux dans la relation qu’ont les INJ à leur fonction Ni.

Le cycle intuitif de l’INJ

Le cœur du fonctionnement des INJ consiste en la répétition d’un « cycle intuitif », ayant pour aboutissement la création de quelque chose. Une décision, une solution, une œuvre, une prise de conscience… quelque chose qui émerge du point le plus profond de leur monde intérieur, porteur d’une valeur symbolique particulière.  

Les INJ alternent entre des phases d’accalmie, où rien de particulier ne se produit dans leur quotidien, avec des phases exaltées, où ils vivent de grandes révélations sur des questions qu’ils laissaient mijoter dans un coin de leur esprit. La communauté anglophone emploie couramment le terme « insight » pour décrire ce phénomène. Quelle différence avec les classiques « eurêka » qui nous illuminent lorsqu’on trouve enfin la solution à un problème ? Ce phénomène, fruit d’un processus inconscient, arrive chez tous les êtres humains, après tout (puisque tout le monde possède une fonction N). Chez l’INJ, ces révélations s’inscrivent dans un procédé si important qu’il organise son existence autour d’elles. L’ensemble de ses actions et pensées sont reliées par un fil invisible à ce mécanisme central, fonctionnant toujours en arrière-plan de manière autonome. Il mobilise une grande partie de l’énergie du sujet, c’est pourquoi les INJ peinent à demeurer attentifs à leur environnement présent. Quelque chose attire sans cesse leur attention en-dedans… regarder ailleurs est vite fatiguant.

Chaque INJ aura une façon unique de vous décrire la manière dont il vit son cycle. Certains vous diront que, telle une marée montante et descendante, des expériences particulières tantôt viennent les frôler, charriant avec elles des murmures sublimes, tantôt s’en vont dans les profondeurs de leur inconscient couver d’autres joyaux. D’autres diront qu’ils plongent sans fin dans une fractale dans l’espoir d’en effleurer le noyau, et ont parfois la brève illusion d’y parvenir. D’autres décriront une couche infinie de masques sur leur visage, qu’ils ôtent les uns après les autres, sans jamais atteindre enfin le véritable « Moi ». D’autres, à l’instar de votre serviteur, se compareront à des reptiles. Parfois, je me sens à l’étroit dans mon être : j’éprouve un besoin urgent de grande transformation intérieure, comme si ma peau symbolique était devenue trop étroite pour accueillir cette nouvelle version de moi en train d’émerger en-dessous. Mon paradigme de pensée ne convient plus à ma survie dans le monde, je m’y sens étouffée, vulnérable, anxieuse… jusqu’au moment où enfin, l’enveloppe se craquèle puis se détache, laissant place à un nouvel écrin pour mon âme. Un nouveau paradigme s’ouvre à moi, plus complexe et plus beau. Je revis. Je suis forte. Et le cycle recommence. Je nomme ce processus ma « mue spirituelle ».

Ce qu’il faut en tout cas retenir, c’est que l’insight marque une rupture entre un ancien paradigme et un nouveau. Cette évolution par paliers permet de compenser le manque général de spontanéité et de capacité d’action physique chez les types INJ (Se inférieure). Ceci explique comment un INJ paralysé par un problème depuis un long moment peut envoyer valser d’un coup tous ses blocages : des rouages se sont brutalement mis en marche dans sa tête, tout lui paraît désormais évident ! Par effet papillon, un petit élément déclencheur peut engendrer une métamorphose intérieure extrêmement puissante… Peu importe la nature du trésor ramené à la surface lors de l’insight, celui-ci balisera, comme tous ceux qui l’ont précédé et ceux le suivront, la longue route linéaire que l’INJ s’évertue à suivre depuis sa tendre enfance. S’il n’est pas certain de tout à fait cerner ce qui l’attend au bout du voyage, sa boussole intérieure ne cessera jamais de pointer dans cette direction. Rien ne peut arriver de pire à un INJ que de ne pas savoir où il va : s’il perd contact avec Ni, il perd également sa raison de vivre et ses facultés d’adaptation au monde ! Il se sent vide, impuissant, angoissé…

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Le concept des daemons de la trilogie His Dark Materials me paraît proche de ma fonction Ni : un guide intérieur constamment présent, une part de moi et une entité distincte de moi à la fois… dans tous les cas, rien ne serait plus douloureux qu’en être séparée.

L’intuition introvertie détient une sorte d’autorité inflexible. Elle est comme une voix intérieure dont les injonctions incessantes doivent impérativement être suivies, sans quoi l’INJ finira par en souffrir. Les circonstances de la vie font qu’il peut arriver à un INJ d’être déphasé par rapport à ses aspirations profondes (exprimées par Ni), d’oublier le sens de ses choix ou d’être dans le déni de ses rêves. Son intuition le harcèlera jour et nuit jusqu’à ce qu’il retourne sur le droit chemin, tirant sur son âme jusqu’à ce qu’elle abandonne la lutte. Ce travail interne peut complètement épuiser l’INJ alors qu’il ne bouge pas de son salon. Beaucoup d’INJ en ont d’ailleurs conscience sans jamais avoir étudié le MBTI, et l’interprètent à travers d’autres grilles de lecture. Ils voient en Ni un ange gardien, un dieu ou un patron de sorcellerie, qui s’adresse à eux dans une langue abstraite, et les protège tout en leur soumettant des ordres. Les INJ, qu’ils soient croyants ou non, se sentent souvent comme les disciples de quelque chose de plus grand qu’eux.

La chanson « Into the Unknown » de Frozen 2 (« Dans un autre monde » en VF) illustre très bien ce phénomène. Elsa (INFJ), entend une étrange voix l’appeler. Elle sent que cette voix veut la mener loin du château, où elle obtiendra des révélations primordiales sur l’origine de sa magie – c’est-à-dire, le cœur de son identité. La jeune reine tente d’abord d’ignorer cet appel, de résister à tout ce qu’il éveille en elle… Elle craint en effet de mettre en danger ses proches et de perdre ce qu’elle a lutté pour construire, à savoir un cadre stable et heureux. Au fil de la scène, son chant s’aligne progressivement sur celui de la voix, jusqu’à ce qu’elle finisse par totalement l’accepter et la suivre. Elsa déchaîne alors autour d’elle des arabesques magiques, vibrant au son des deux voix réunies. S’il est commun de voir des princesses Disney s’épancher mélodieusement sur un quelconque promontoire, déchirées entre l’envie de partir au loin et la peur de l’inconnu, le cas présent comporte une différence majeure : la voix appelant Elsa n’est pas un sentiment d’ennui ou de confinement nourrissant un désir de liberté (comme chez Ariel, Raiponce ou Vaiana, qui souhaitent explorer le monde extérieur par simple amour de la découverte), mais plutôt le reflet de son inconscient, une part égarée d’Elsa cherchant à refaire corps avec elle. On y retrouve la réticence des INJ à oser s’investir dans un environnement imprévisible et effrayant (Se-inf), dépassée par la force mentale, onirique ou spirituelle de Ni, quand le sujet accueille cette part de lui.

La ritualisation de l’axe Ni-Se

Qu’il connaisse le MBTI ou non, un INJ mature ressent à la fois la nécessité de nourrir son intuition et de laisser respirer sa sensation. D’ailleurs, s’il s’observe avec détachement, il réalisera vite qu’une grande partie de son temps de veille consiste à maintenir un dialogue très précis et subtil entre Ni et Se.

La sensation extravertie détient une place à part entière dans les cycles intuitifs, puisqu’elle y intervient à la fois au commencement et à la fin. Elle apporte d’abord une multitude d’informations du monde extérieur, qui seront analysées et transformées à un niveau très abstrait. Les éléments épars et contradictoires recueillis vont tournoyer les uns autour des autres, se confronter sous tous les angles… puis enfin fusionner et former un tout nouveau concept, où la polarité est rompue et les points de conflit résolus. Ce résultat obtenu, Se donne à l’INJ l’impulsion pour extérioriser le fruit du processus, sous la forme d’un acte ou d’une œuvre. Néanmoins, la sensation reste soumise durant tout le cycle au rythme imposé par l’intuition : Se peut suggérer à Ni de nouvelles expériences enrichissantes, mais elle ne peut en aucun cas interférer avec les paliers les plus profonds du travail. D’où le désintérêt notoire des INJ pour le monde physique, leur tendance à être dans la retenue, et leurs réactions à fleur de peau lorsqu’un élément concret vient rompre brutalement le fil de leurs pensées. (Un bruit les faisant sursauter, un contretemps dont il faut s’occuper, etc.) Pour ainsi dire, l’environnement ne les touche jamais directement : la moindre information en provenance de l’extérieur doit passer par un nombre important de procédés abstraits avant d’être accueillie par l’individu.

De la même façon que les ISJ sont attentifs à leur confort physique et cherchent des repères sécurisants dans leur environnement, les INJ cherchent instinctivement un recoin de leur univers abstrait où activer des patterns qui les inspirent, les apaisent… Le tempo des INJ est lent. Peut-être le plus lent de tous les types MBTI. Ils ont besoin de temps pour intégrer les informations inédites, s’intéresser à l’inconnu, se décider à sortir de chez eux… Mal adaptés à la vie moderne, en particulier urbaine, ils ont constamment l’impression que tout va trop vite autour d’eux, qu’une ondée de détails et de sensations s’abat sur leur tête… Ils ne souhaitent souvent qu’une chose : ralentir, savourer le calme et le silence. Toute tentative d’accélérer ou de saboter le processus de Ni se soldera par une réaction négative de l’INJ. C’est comme si vous lui plantiez violemment un tournevis dans ses engrenages internes pour tenter d’en modifier la marche. Non seulement ils ne tourneront pas plus vite, mais en plus, ils arrêteront complètement de tourner, laissant l’INJ perturbé et endolori. (Le même phénomène s’observe chez les utilisateurs de Si lorsqu’on essaye de les forcer à adhérer à une idée éloignée de leur cadre de pensée.) Une personne ou un environnement provoquant régulièrement ce malaise chez l’INJ perdront sa considération, ainsi que l’honneur de sa présence.

Ainsi, comme leurs cousins sensitifs, les INJ éprouvent généralement un besoin – conscient ou non – de ritualiser leur vie intérieure, afin de mieux contrôler le flux d’information entrant et éviter d’être débordés par le chaos. La solution de l’INJ pour se laisser aller à sa fonction Se malgré le sentiment d’étrangeté qu’elle lui inspire, est d’intégrer dans son cadre de vie organisé quelques « fenêtres » par lesquelles son impulsivité enfouie pourra s’exprimer. Par exemple, il peut s’autoriser un petit plaisir à un moment précis de la semaine ou du mois (un jour associé à son plat préféré, un jour de shopping dans son magasin favori où il a le droit de craquer pour un article…), ou constituer un budget mensuel spécialement dédié à prendre soin de lui. Cette forme d’attention à soi est tolérée dans la mesure où elle constitue une exception confirmant la règle. L’INJ est en mesure de se connecter à ses besoins physiques immédiats car il est rassuré par une impression globale de contrôle et de profondeur abstraite.

En-dehors de ces soupapes « brutes », l’INJ laisse surtout Se exister à travers des expériences inductrices d’états modifiés de conscience (qu’on pourrait appeler selon le contexte « transe », « flow », « focus »…), en combinant attention au présent et exploration de l’imaginaire ou de la spiritualité : la méditation, les promenades en pleine nature, l’auto-hypnose, les arts plastiques, les arts martiaux, certains jeux-vidéos… Cette connexion est plus douce et diffuse, elle permet d’appréhender Se tout en restant blotti dans la zone de confort Ni. Il s’agit aussi d’un moyen très intéressant de fuir la sur-stimulation ambiante en concentrant l’attention sur des sensations plus confortables. Voilà pourquoi de nombreux INJ intègrent ces pratiques à leur mode de vie : ils peuvent entretenir grâce à elles leur équilibre intérieur, sans pour autant trop s’exposer à l’inconnu.

L’INJ conçoit ses actions comme un ensemble linéaire et cohérent, l’amenant d’un point A à un point B – son prochain insight. Lorsqu’il choisit de participer au monde extérieur, il s’engage dans une sorte de rituel, qui doit l’amener à des expériences précises (décidées inconsciemment) permettant la progression interne. Il faut bien retenir que durant une grande partie de sa vie (si ce n’est sa vie entière), l’INJ accède à Se uniquement à travers Ni. Par conséquent, lui seul peut décider de l’emplacement de ses « fenêtres Se ». Les choses matérielles en elles-mêmes sont rarement captivantes à ses yeux : s’il se laisse aller à bouger, toucher, jouer, acheter compulsivement, c’est en premier lieu parce qu’il ressent une connexion intuitive spéciale avec le moment (Ni). Il sent que le fil de son existence est relié à l’objet devant lui ou à l’activité qu’on lui propose : il y perçoit un potentiel de développement important, et lorsqu’il se projette dans l’avenir, il voit cet élément incorporé au décor. Sans cette sensation de lien intime, la fenêtre reste fermée et l’INJ ne voit qu’un spectacle chaotique dénué d’intérêt, si ce n’est terrifiant. Au mieux, il trouve que le divertissement est sympathique, mais ne mérite pas un investissement énergétique de sa part. En introduisant trop d’éléments imprévus, étrangers, l’INJ se sent projeté hors de son sentier intuitif : le rituel est brisé. Les bienfaits qu’aurait pu lui apporter Ni dans cette situation sont neutralisés, l’INJ perd ses repères et doit se réfugier au calme le temps de se réaccorder à sa vision conductrice.

Dans la majorité des cas, l’INJ sait déjà en arrivant quelque part ce qui va l’intéresser ou non. Deux cas de figure sont possibles : le premier est qu’il a étudié la question en amont et vient dans l’objectif de réaliser des actions prédéterminées. Vous aurez alors bien du mal à le détourner de son plan. Par exemple, si vous avez prévu une sortie au musée avec un INJ, il y a peu de chance qu’il accepte de prolonger le moment avec vous dans un bar si ce n’était pas prévu. (Au moins, évoqué en tant que possibilité.) Le phénomène est particulièrement visible chez les INJ en base 5, qui esquissent déjà un mouvement vers la station de métro la plus proche au moment où vous énoncez la proposition. (Un INJ 5 qui tolère les imprévus que vous lui infligez vous apprécie vraiment beaucoup. Et vous déteste, également.) Dans le second cas, l’INJ est présent car son intuition lui a simplement soufflé de venir ici. Il a cerné un potentiel dans une situation et vient inspecter les lieux pour apaiser ses flashs. Un INJ se présentant dans cet état d’esprit sera plus ouvert (d’autant plus qu’il a peut-être lutté un moment contre lui-même avant de se résigner), mais il aura toujours davantage confiance en sa propre intuition qu’en vos suggestions pour comprendre ce qui l’amène ici.

J’espère que cette analyse vous permettra de cerner – enfin ! – l’intuition introvertie, et la façon dont elle se manifeste dans la vie d’un INJ.

Réflexions sur les fonctions cognitives

Sensation extravertie (Se) inférieure et rapport au corps

Chers les atrophiés du S,

Je partage aujourd’hui une analyse sur la fonction Se inférieure (c’est-à-dire telle qu’elle s’exprime chez les types INTJ et INFJ), en particulier dans la thématique du rapport au corps.

Chez les INJ, il y a une alternance entre une non-prise en compte de l’environnement (pouvant prendre des proportions limite absurdes, comme mettre des semaines à réaliser qu’on travaille à côté d’une tour de 40 m de haut avec une mascotte rose fluo sur la façade) et une obsession pour le contrôle de l’environnement. L’INJ ayant une faible capacité à évoluer spontanément dans le monde concret et l’instant présent (Se-inf), et une capacité encore plus faible à cerner le potentiel et les limites de son propre corps (Si), il tente de compenser par un excès de contrôle mental (Ni). Il doit savoir ce qui va arriver, comprendre pourquoi cela risque d’arriver et préparer des parades, afin d’empêcher le chaos tant redouté de survenir.

La fonction Se délaissée vient parfois réclamer son dû à Ni, provoquant frustration et angoisse. Ce sont les « petits trucs » qui forcent l’INJ à prêter attention à son environnement, comme un appareil électrique qui lâche, un livre qui tombe sur son pied, une météo imprévue… Ils sont perçus comme des agressions, voire un « complot des objets » contre lui, qui l’empêche de réaliser son plan alors qu’il voudrait juste naviguer tranquillement dans sa tête. Si vous côtoyez un INTJ, vous l’avez sans doute déjà maintes fois entendu s’exclamer « Que les choses marchent, c’est trop demandé, ça ? ». En réalité, dans l’immense majorité des cas, l’INJ n’aurait pas fait face à ce désagrément s’il avait pris soin d’entretenir mieux son environnement dès le début. Remarquer que son compteur électrique sentait le brûlé depuis des semaines au lieu d’attendre qu’il explose en plein mois de décembre, par exemple… (Toute ressemblance avec des individus existants serait tout à fait fortuite.)

Le corps de l’INJ est typiquement perçu comme un vaisseau de l’âme ou un outil au service de l’esprit. C’est un élément extérieur au « Moi » plutôt qu’une part d’un grand tout formant le « Moi ». Ainsi, chez l’INJ, le rapport au corps est en général similaire au rapport à tout autre élément environnemental : j’entends par là qu’il perçoit le corps comme une entité dangereuse, pouvant se transformer à tout moment et de manière chaotique, indépendamment de la volonté. Un corps peut grandir, grossir, tomber malade, vieillir, se déformer, etc. C’est pourquoi chez l’INJ, la prise de conscience du corps s’accompagne d’un besoin puissant de garder le contrôle sur celui-ci. Ce contrôle peut être actif ou passif, conscient ou inconscient.

Le rapport à Se-inf se résume ainsi comme suit : « J’habite dans une machine complexe. J’aimerais ne pas avoir à y penser, mais si je l’oublie, elle finit par tomber en panne et m’empêcher d’avancer. Je dois donc m’en occuper un minimum, afin d’être tranquille le reste du temps et de pouvoir intervenir sur l’environnement sans limitation quand c’est nécessaire. Parfois, je prends plaisir à interagir avec mon environnement via cet interface physique, mais je constate par la même occasion ses limites et cela me frustre. »

Deux tendances se dessinent : la première est l’abandon de Se devant le constat de son échec (ici, réinitialisation du cycle), par exemple « Je suis trop nul en sport, ça ne sert à rien de continuer ». La seconde est le vautrage dans Se, dans une optique de le développer de force. Par exemple « Je vais faire 180 abdos par jour, et on va voir si c’est trop lui demander à ce corps de tenir 4 entraînements de boxe par semaine, putain ! C’est moi le maître ici, il va obéir à ma volonté ! » (ici, perte de vue de Ni, malaise et épuisement). La seconde option peut passer par de l’automutilation ou de l’auto-privation pour « punir » le corps de ne pas être à la hauteur. Cette sanction consiste souvent à instaurer des règles psychorigides autour de la nourriture, des jeux-vidéo, du sexe ou tout ce qui procure du plaisir « gratuit ».

Des formes de contrôle plus passives peuvent être employées, créant l’illusion d’un rapport sain au corps. Par exemple : un INJ vous donne l’impression qu’il se soucie beaucoup de la diététique, car il ne mange que des plats bien équilibrés ? En réalité, il s’est probablement juste dit « Je ne fais pas attention à ce que je mange de toute façon, alors autant manger sans sel et sans sauce, c’est plus viable sur le long terme ». Il ne prend absolument pas soin de lui, il est au contraire dans une coupure de soi, une privation des sens. Idem pour un INJ sportif, faisant mine d’entretenir sa santé : il y a des chances pour que le sport soit davantage un moyen d’entrer en lutte contre Se (prouver qu’il peut le dompter à sa guise) qu’une démarche bienfaisante spontanée pour le corps. L’INJ lui-même peut vivre dans la croyance qu’il fait attention à son corps, quand bien même ce n’est pas du tout le cas.

Ironiquement, le manque d’attention porté au corps va finir par se manifester par diverses somatisations, que l’INJ ne va pas forcément comprendre (« Pourtant je mange équilibré, je fais de l’exercice : je ne devrais pas aller mal ! »). Son premier réflexe sera de vouloir renforcer le contrôle (encore plus de privation, plus d’actions forcés…) ce qui aggravera le mal-être et l’entraînera dans un cercle vicieux. On est dans la relation typique entre la fonction dominante et la fonction inférieure : les problèmes causés par le manque de la fonction inférieure sont interprétés comme étant un manque d’action de la fonction dominante. Le même mécanisme apparaît chez tous les types… Les Fi-dom vont de plus en plus dans le pathos quand on souligne leur manque d’argumentation logique (si les autres ne réalisent pas que l’émotion est si forte qu’elle se passe de toute argumentation, c’est qu’il n’y a pas assez de Fi), les Te-dom sont de plus en plus dans le contrôle des autres quand on essaye d’échapper à leur autorité (si les autres n’obéissent pas sans saouler avec leurs petits besoins personnels, c’est qu’il n’y a pas assez de Te), etc.

J’observe un rapport tout autre chez les ENP (et dans une moindre mesure les INP). Chez ces types, Si-inf induit plutôt une alternance entre une indifférence au bien-être corporel et une préoccupation forte voire excessive pour celui-ci. Le rapport à Si-inf ressemble plutôt à : « Mon corps est une part de moi, mais je n’ai pas l’impression qu’il soit important de m’en occuper. Parfois je réalise que si, et j’essaye de rattraper tout le manque d’attention que j’ai eu vis-à-vis de mon corps. Je vais identifier ce qui me fait du bien, ajuster mon environnement et améliorer mon alimentation. »

Deux tendances se dessinent : devant le constat d’un corps en piteux état et d’une difficulté à instaurer une autodiscipline de vie, l’ENP opte pour l’abandon de toute tentative de prendre soin de soi, car « De toute façon ça sert à rien, c’est foutu ». Il se laisse engloutir dans des pratiques malsaines, comme des addictions diverses, de l’automutilation, de la surconsommation de malbouffe ou une sexualité dangereuse (ce qui réinitialise le cycle). Ou bien, il opte pour une utilisation excessive de Si, avec une obsession pour la diététique et pratiques liées. Des troubles tels l’hypocondrie, l’anoxerie ou l’orthorexie peuvent alors apparaitre.

Dans les deux cas (Se ou Si-inf), un travail important est nécessaire à l’individu pour rompre la polarité et développer un rapport sain au corps. Je croise rarement des Se/Si-inf qui se ne mentent pas à eux-mêmes sur ce plan de l’existence. Et c’est tout à fait normal, au demeurant, nous avons tous nos faiblesses… Je pense qu’admettre cela est la première étape pour amorcer un changement.

Analyses de personnages

Analyse de Twilight Sparkle (INTJ 6w5)

Twilight Sparkle est le personnage principal de la série My Little Pony : Friendship is magic. (Oui, je fais un billet analytique sur une princesse licorne, qu’est-ce que tu vas faire ?) J’ai pensé intéressant d’analyser sa personnalité, étant donné qu’elle est peu représentée dans la fiction. Twilight Sparkle est généralement typée INTJ ou ISTJ par le grand public. Le typage ISTJ ne me paraît pas impertinent, car elle agit parfois en Si-dom/Ne-inf, notamment dans les premières saisons. J’ai choisi de la lire aujourd’hui en tant qu’INTJ par rapport à son rôle global dans la série, qui est d’étudier puis enseigner des concepts, là où les poneys S de la bande s’illustrent sur le plan pratique (Applejack est agricultrice, Rarity est couturière, Fluttershy gère un refuge pour animaux, Rainbow Dash est athlète… ). Je spoilerai allègrement la série au passage, bien entendu.

Fonction dominante : Intuition introvertie (Ni)

La forte intuition de Twilight est visible dès le début de la série. Alors qu’elle lit un conte, elle se souvient en avoir déjà entendu parler quelque part et cherche obstinément à savoir où, car elle sent que cette information est d’une importance capitale. Elle est le seul poney à anticiper le retour de Nightmare Moon et cherche à alerter les autres, mais ils ne la prennent pas au sérieux car elle se base uniquement sur des symboles et des impressions, sans aucune preuve tangible.

Contrairement à ce que son style de vie routinier et casanier pourrait faire penser, Twilight n’est pas heureuse s’il n’y a pas de matière à explorer sous la surface. A la fin de la saison 4, elle confie aux autres princesses son désarroi de ne pas avoir de vrai but à suivre (autre qu’accomplir ses fonctions traditionnelles) : son titre, ses ailes et sa couronne n’ont aucun sens pour elle, elle a besoin qu’un projet de grande envergure brille à l’horizon et guide ses actions. En compilant ses leçons d’amitié, elle est plus intéressée par l’idée qui se dégage de l’expérience que par l’expérience elle-même. Lorsqu’elle décide de publier son journal (saison 7 épisode 14), elle est d’ailleurs désespérée de voir que les lecteurs se focalisent sur les anecdotes au lieu de saisir la signification profonde qu’elle essaye de leur transmettre. Dans la saison 8, elle décide de créer sa propre école afin d’enseigner sa vision.

C’est souvent dans les moments les plus difficiles que Twilight trouve les solutions aux problèmes : elle a besoin d’explorer jusqu’au fond un concept négatif afin de trouver son pendant positif et d’innover une troisième possibilité plus enrichissante. Dans le dernier épisode de la saison 3, elle obtient son titre de princesse de l’Amitié en corrigeant un sort de Starswirl grâce à un insight. Cette illumination lui est parvenue après qu’elle ait surmonté une situation catastrophique avec ses amies (après avoir récité une incantation inaboutie, elle a accidentellement échangé leurs marques de beauté et ainsi bouleversé leurs identités).

Beaucoup de gens attribuent une fonction Si dominante à Twilight à cause de sa passion pour l’histoire, ce qui induirait qu’elle est tournée vers le passé. Par comparaison à d’autres personnages, Twilight s’appuie peu sur ses souvenirs, s’intéresse peu aux conventions et à son environnement. Pour s’en rendre compte, il suffit de regarder Applejack (ESTJ), dont l’attachement à la tradition familiale s’exprime jusque dans sa manière de parler, ou bien Rarity (ESFJ), qui est très attentive aux normes mondaines et relève la moindre faute de goût.

Fonction auxiliaire : Pensée extravertie (Te)

Sans doute la fonction la plus évidente chez Twilight. Elle présente non seulement de grandes facilités à organiser les tâches et suivre leur bon déroulement, mais aussi un besoin viscéral de le faire. Membre la plus responsable de son groupe (avec Applejack, sans doute),  c’est presque toujours elle qui a le dernier mot sur la marche à suivre et dégotte les meilleurs plans d’action. Elle réalise des myriades de listes et fournit des notices détaillées à ses amis chaque fois que l’un d’eux se rend en mission. Elle ne recherche pas le commandement, mais l’assume naturellement en cas de besoin. Au fil de la série, elle apprend des sorts qui lui permettent de superviser les activités des autres ou de les emmener dans la direction qu’elle souhaite d’une manière encore plus efficace. (Exemples éloquents : dans la saison 7 épisode 10, Twilight s’incarne dans une petite danseuse sur une boîte à musique, afin de surveiller Starlight. Dans la saison 5 épisode 12, elle se matérialise dans les pages d’un livre pour attirer l’attention de Moondancer, celle-ci refusant de lui parler en face à face.) Twilight a aussi facilités pour s’exprimer de manière claire et structurée. Elle exprime spontanément ses opinions et on la voit présenter de nombreux exposés au cours de la série.

Twilight cherche toujours une explication rationnelle aux phénomènes qui l’entourent. Guère impressionnée par les rumeurs, les fantasmes ou les superstitions, elle construit ses opinions à travers ses expériences et observations. Dans la saison 1 épisode 9, elle est la seule à ne pas être effrayée par Zecora, considérant que les préjugés à son égard n’ont pas de fondements. Elle ne croit pas Pinkie Pie dans l’épisode 15 de cette même saison, lorsque la ponette rose lui affirme être capable de prédire l’avenir à travers les réactions de son corps. Twilight finit par accepter que la logique n’est pas toute puissante, mais demeure en recherche constante de compréhension du monde. On la voit par exemple réaliser des expériences sur Pinkie Pie. Globalement, elle s’extasie chaque fois qu’on lui présente un phénomène jamais rencontré auparavant, puis s’empresse d’aller l’étudier (dans les livres ou au milieu de ses instruments de labo).

Fonction tertiaire : Sentiment introverti (Fi)

Twilight est une ponette assez fidèle à elle-même : elle semble bien connaître ses propres valeurs et son attitude change peu en fonction du contexte. (Hormis lorsqu’elle se trouve face à ses mentors, où elle peut mentir ou surjouer par peur de perdre leur estime. Nous verrons que cette attitude s’explique par sa base ennéagramme.) Elle développe énormément sa fonction Fi au fil des épisodes, ce qui la met de plus en plus en contact avec ses émotions et celles des autres. Au début de la série, elle a tendance à négliger les sentiments de son interlocuteur lorsqu’elle explore ses idées, à être trop butée et pressée, ce qui l’a parfois amené à blesser d’autres poneys. Dans le premier épisode, elle ne se rend pas à la fête de Moondancer, une camarade de classe, car elle préfère étudier. On apprendra par la suite que ce geste a profondément blessé Moondancer : en effet, la jeune ponette phobique sociale avait réalisé un effort colossal en organisant cette fête, et espérait de tout cœur partager ce moment avec Twilight. Se sentant abandonnée, elle a replongé dans sa phobie et n’a plus fait confiance à personne, jusqu’à ce que Twilight présente ses sincères excuses.

Twiglight culpabilise énormément lorsqu’elle réalise les conséquences de ses maladresses sociales, et mobilise toutes ses ressources pour essayer de réparer ses erreurs (même s’il arrive que son obstination ne fasse qu’aggraver la situation). On ressent son attachement profond pour ses amies, source de ses plus puissants pouvoirs magiques, ainsi que son dévouement extrême pour les causes qu’elle sert. Par moments, elle peut faire preuve de beaucoup de patience et de douceur, en particulier lorsqu’elle s’identifie dans la problématique de son interlocuteur. C’est ainsi qu’elle parvient à convaincre Starlight Glimmer de renoncer à ses projets de vengeance et se ranger du côté du Bien, à la fin de la saison 5. La différenciation de sa fonction Fi fait progressivement d’elle un mentor à la fois ferme et plein de compassion.

Fonction inférieure : Sensation extravertie (Se)

Twilight n’est pas à l’aise avec le monde physique et lui porte peu d’attention. Elle a tendance à se cogner et à fuir les tâches de motricité fine : la seule fois où elle entreprend de faire la cuisine, les autres personnages sont stupéfaits de la voir aux fourneaux (et le résultat n’est pas très concluant…). Dans l’épisode 11 de la saison 1, elle se lève, se prépare pour sa journée, sort de chez elle, puis seulement s’aperçoit qu’il fait encore nuit. Dans l’épisode 20 de la saison 2, elle est tellement plongée dans ses pensées qu’elle ne remarque pas qu’elle creuse un trou dans le plancher en faisant les cent pas.

L’instant présent est étranger à Twilight : quand ses amies lui proposent un moment de relaxation, au début elle ne comprend pas en quoi cela consiste et demande qu’on lui explique comment faire… Elle met du temps à accepter que les activités où l’on s’amuse « pour s’amuser » puissent avoir un intérêt (autre que l’étude d’un phénomène social), encore moins lorsqu’elles impliquent du bruit et de l’agitation. Par ailleurs, ne pas anticiper l’environnement la rend nerveuse et impuissante, parce qu’elle n’est pas douée pour réagir dans l’urgence. Ainsi, la première fois qu’on organise une fête surprise en son honneur, elle s’enferme dans sa chambre et accuse les autres poneys d’être dingues. Si elle s’ouvre l’esprit par la suite, elle restera le poney de la bande qui a le plus de mal à lâcher prise. Sous stress, Twilight peut agir de manière impulsive et proposer des solutions absurdes aux problèmes, parce qu’elle veut les régler dans la seconde et ne réfléchit plus vraiment.

Twilight Sparkle sur l’ennéagramme

Twilight est souvent typée 5 en raison de son caractère solitaire et érudit. Or attention à ne pas tomber dans le piège de la confusion entre comportement et motivation ! Si son comportement rappelle un cliché de 5, les motivations de Twilight correspondent clairement à celles d’une base 6 (à dominante phobique). Dans les premières saisons, elle étudie avant tout pour faire la fierté de la princesse Celestia. Rien ne rend Twilight plus euphorique que recevoir des compliments de sa mentor et sentir qu’elle est son élève parfaite. Ce n’est pas tant qu’elle préfère ses livres aux gens, mais surtout que les livres lui permettent d’entretenir son statut et pas les gens. Même devenue princesse à son tour, Twilight considère toujours Celestia comme sa référence et est très angoissée à l’idée de la décevoir.

La compulsion d’évitement de la déviance du 6 est plus qu’illustrée au cours de la série. Twilight nourrit une obsession pour les règles devenue un running gag. Elle cherche à suivre la moindre notice à la lettre sans se poser de questions. (D’où sa lecture fréquente en tant qu’ISTJ.) Cette tendance persiste au fil du temps, ce qui démontre combien elle est ancrée. Dans la saison 8, par exemple, elle respecte les recommandations de l’E.E.A envers et contre tout, malgré les mauvais résultats, sans que l’idée de créer son propre règlement ne l’effleure. Elle aurait perdu son école si Starlight ne lui avait pas rappelé cette possibilité ! Pendant les premières saisons, Twilight envoie régulièrement des lettres à Celestia pour lui relater les leçons d’amitié qu’elle apprend. Dans l’épisode 3 de la saison 2, elle réalise qu’elle n’a rien à écrire dans son rapport hebdomadaire : la simple idée de déroger au rituel la plonge dans un délire psychotique. Persuadée que sa vie va s’arrêter, qu’elle va tout perdre, elle court partout dans Ponyville en essayant de créer artificiellement un problème d’amitié. (Cet épisode est culte, parce qu’on y voit la peur profonde de Twilight se manifester de façon si exagérée que c’en est hilarant.)

 « This is not nothing, this is EVEREYTHING !!! »

La loyauté presque fanatique de Twilight peut paralyser sa réflexion et la conduire à un besoin malsain de performance immédiate, même après des saisons d’expérience (désintégration en 3). A la fin de la saison 7, elle suit le plan de Starswirl malgré qu’il soit en contradiction avec ses valeurs. D’une part, il est inconcevable pour elle de remettre en question son héros. D’autre part, Twilight ne peut pas accepter que le sorcier ait une mauvaise image d’elle et oublie tout le reste pour tenter de regagner du crédit à ses yeux. Il faut qu’il l’estime, qu’il la prenne sous son aile. Bien qu’elle doute de plus en plus de son choix, Twilight ne changera de position qu’au dernier moment, lorsque sa loyauté à une autre dimension (son rôle de princesse de l’Amitié, relié à Celestia) sera invoquée. Dans l’épisode 7 de la saison 8, elle n’ose pas dire à Celestia qu’elle est une mauvaise actrice et s’échine à trouver un moyen de la faire jouer quand même, par peur de perdre sa relation privilégiée avec elle. C’est à cause de cette même peur qu’elle finira par lui dire la vérité.

L’aile 5 de Twilight, très marquée, s’exprime à travers sa curiosité naturelle pour de nombreux domaines. Elle a besoin de comprendre les phénomènes : elle accepte rarement d’abandonner tant qu’elle n’a pas une explication logique à apporter. On remarque au fil de la série qu’elle accumule à la fois des connaissances très utiles et totalement absconses, preuve qu’elle étudie aussi par pur amour du savoir. Lorsque Twilight est au meilleur d’elle-même, est devient plus paisible et affable. Les autres apprécient ses conseils avisés et viennent se ressourcer auprès de son aura calme. On peut assimiler cela à une intégration en 9.

Fait amusant : l’homologue humaine de Twilight, présente à partir du troisième film Equestria Girls, elle, est en base 5. Dans Friendship Games, elle est prête à renoncer à toute vie sociale en s’inscrivant à un programme d’étude indépendant. Son but est alors de satisfaire sa propre soif de savoir. Elle ne dépend d’aucun mentor, n’a aucune attache à son établissement : elle veut au contraire le fuir, car elle a la sensation d’y perdre son temps et ne supporte pas d’être confrontée à ce vide intérieur. (Elle en fait même une chanson !) Apprendre est véritablement au centre de sa vie. Elle montre un net détachement vis-à-vis des jeux de l’Amitié : lorsqu’on lui fait savoir que son intellect serait un atout pour la compétition, elle explique qu’elle est trop prise par ses études – et craint manifestement qu’on l’utilise comme une bête de foire. Si elle accepte d’y participer, c’est uniquement à cause d’un chantage de sa directrice. Sous la forme de son alter ego maléfique, Midnight Sparkle, elle est persuadée d’avoir tout compris à la magie. Sa croyance d’omniscience lui montre à la tête et elle se met à tout détruire, tout en réclamant encore plus de connaissances.

L’autre Twilight Sparkle – INTJ 5 aile 6

Dans Legend of Everfree, elle est terrifiée en découvrant ses pouvoirs : elle craint d’être à nouveau dépassée par ce qu’elle ne maîtrise pas et possédée par Midnight Sparkle. De plus, son excellence dans les matières scientifiques l’avait conforté dans l’idée qu’elle comprenait comment fonctionne le monde, mais l’introduction de la magie bouleverse ses repères. Elle refuse que Sunset Shimmer révèle son secret aux autres, sans doute pour éviter des questions et des demandes qu’elle se sent incapable d’assumer. Elle cache son trouble et s’isole afin de trouver une solution seule – là où la Twilight ponette organiserait une table ronde pour écouter le point de vue de ses amies. A la fin du film, elle réalise non seulement que son entourage a beaucoup de soutien à lui offrir (victoire sur une fausse croyance de 5 : « Mes besoins sont une gêne et je n’ai rien à attendre du monde »), mais aussi qu’elle maîtrise bien mieux sa magie qu’elle ne l’imaginait (victoire sur une 2e fausse croyance de 5 « Je n’ai pas les ressources qu’il faut en moi pour survivre »). Elle détruit ainsi définitivement Midnight Sparkle.

Le type INTJ

L’arrogance de l’INTJ

Les gens qui me connaissent de loin me trouvent souvent arrogante. En bonne Ni-dom, j’ai en effet cette fâcheuse tendance à débarquer au milieu de la bataille avec ma rhétorique aiguisée et mon petit air suffisant : « Bonjour, je sais mieux que vous, je viens vous faire la leçon ! ». Je leur accorde : parfois on dirait que j’étais au téléphone avec Dieu juste avant, et que je viens de raccrocher et d’accourir en les entendant invoquer mes lumières. Non, ce n’est pas ça qui est en train d’arriver ? Tant pis, ma fonction Te est chaude, je leur inflige donc tout de même un superbe traité, avec intro, développement, conclusion. Le spectateur lambda a tôt fait de se sentir irrité, voire de se persuader que mes chevilles sont au bord de l’explosion. De nombreux INTJ vivent ce genre d’expérience. La plupart des descriptions sur Internet décrivent d’ailleurs l’INTJ comme un profil très confiant et un peu hautain. Je vais expliquer l’origine de ce comportement, et aussi en quoi il est généralement mal interprété.

Comme je le disais dans l’article sur l’ennéagramme chez l’INTJ, la plupart des INTJ ressemblent à un mélange des bases 5 et 1 : on fera difficilement mieux placé pour récurer avec acharnement les recoins de Google Scholar. Dans mes études et réflexions, je suis incapable de m’arrêter à la surface : il faut que je gratte jusqu’au noyau, que je le perce, que je le dissèque… Tant que je n’aurai pas débusqué et analysé la plus petite particule existante, j’aurai l’impression de ne pas avoir assez approfondi mon sujet. Par exemple, mon compagnon et moi avons deux cochons d’Inde à la maison. Après avoir pris la décision d’en adopter, j’ai passé des dizaines d’heures à étudier l’animal et la manière d’en prendre soin. J’ai consulté une plâtrée de sites et croisé les sources, arpenté des forums, questionné des passionnés, retourné tout le Youtube francophone du cochon d’Inde (seules mes lacunes linguistiques m’ont empêché de faire de même avec l’anglophone), puis je suis revenue voir mon chéri en lui disant « Je ne sais pas si je suis assez formée pour assurer une belle vie à nos futurs animaux. ». Il a levé un sourcil avant de se moquer gentiment de moi.

C’est ce qui se produit à chaque fois qu’un sujet m’intéresse. Voilà pourquoi je me défends toujours d’être une « spécialiste » du MBTI ou de l’ennéagramme, bien que beaucoup de lecteurs me qualifient ainsi sur l’Antre de la Chouette. Connaître les bases d’une discipline et savoir s’en servir à peu près correctement ne signifie pas être spécialiste : c’est juste le minimum syndical pour que je m’autorise à en parler en public ! Le souci, c’est que la plupart de mes interlocuteurs n’ont pas idée du soin que je mets dans mes recherches. Ils ignorent que ma confiance en mes propres affirmations a été forgée par de longues heures de lectures, d’échanges et d’introspections, sans lesquelles je n’aurais jamais ouvert ma gueule. Au pire, j’aurais bafouillé « Pardon, je n’y connais pas grand-chose, je préfère ne pas m’impliquer à ce sujet », avant d’aller me renseigner pour combler mes lacunes. Ils ne voient que la surface : une personne débitant son discours comme s’il était d’une évidence enfantine (prenant donc plus ou moins les gens pour des cons), en ayant l’air de tenir à mettre un point final au débat d’un vif coup de hachoir linguistique. Ils ne comprennent pas comment je peux basculer si rapidement de la timidité extrême à la grande gueule.

Si les INTJ paraissent remplis de confiance lorsqu’ils s’expriment en public, c’est simplement parce qu’ils gardent leurs idées pour eux dès lors qu’ils les jugent bancales. En réalité, ils se sentent très vulnérables devant les limites de leurs connaissances et capacités. (Ceux qui en doutent n’ont jamais vu un INTJ contraint de jouer au football ou de pratiquer le small talk.) Le concept d’esprit critique leur est également cher : avec leur fonction Fi tertiaire, ils se sentent finalement très faillibles, subjectifs, « humains » en d’autres termes… C’est pourquoi ils tentent sans cesse de démonter leurs propres croyances et arguments, encore plus sévèrement qu’ils le font avec les autres. A l’inverse des INTP, qui ont tendance à partager des idées inabouties en utilisant l’autre comme caisse de résonnance, les INTJ préfèrent réaliser seuls ce « crash-test » et laisser maturer un maximum leurs théories avant d’enfin les partager… Processus peu visible de l’extérieur. Compte-tenu de la facilité à verbaliser dont jouit l’INTJ grâce à Te, on pourrait penser que s’il a quelque chose à dire, il va forcément s’empresser de le faire ! Que nenni. Quand un INTJ émet une affirmation, dans l’immense majorité des cas, il a d’abord passé un long moment à retourner ses hypothèses dans tous les sens, les exploser en morceaux et les reconstruire, jusqu’à s’assurer de leur haute viabilité. D’où cette impression de coup de guillotine au milieu de la table (presque la signature de ce type !) : vous aurez bien du mal à y en redire quoi que ce soit, étant donné que l’INTJ a déjà tout fait subir à son bébé avant d’accoucher. Si vous parvenez toutefois à le coincer, un INTJ mature s’inclinera et intégrera – maintenant ou plus tard, selon l’état de son ego de Ni-dom… – vos réflexions aux siennes.

Pourquoi donc ce perfectionnisme érudit ? A titre personnel, j’ai un souci profond d’atteindre la vérité objective. De toucher « ce qui est », sans fioriture, sans filtre… Même quand la vérité n’est pas celle que j’attendais. Même quand elle me file la gerbe, je veux la regarder dans les yeux et me dire « ça y est, c’est bien elle ». Je me fiche d’être dans votre camp ou non : je suis dans celui de la vérité. (Bien entendu, j’exclus ici ce qui relève des goûts de chacun : il n’y a pas de vérité qui tienne quand il s’agit de son film préféré, il n’y a que des vérités personnelles !) Vous pourrez être un ami cher, si dans un débat l’adversaire tient des propos plus pertinents que les vôtres, je ne vous défendrai pas. Je ne vous enfoncerai pas non plus, à moins que vous ne m’ayez franchement cherchée : je ne vois pas à quoi cela pourrait bien servir, et la méchanceté gratuite est un phénomène qui a toujours échappé à ma compréhension. C’est pourtant ainsi qu’ont été régulièrement interprétées mes tentatives de conseiller les autres ou de leur exprimer mon point de vue : une volonté de détruire par plaisir sadique. Malheureusement, une fois que la personne en face a commencé à m’attribuer des intentions que je n’ai pas, il est difficile de lui faire comprendre ma neutralité.

Les INTJ sont fréquemment aux prises avec ce décalage (tant qu’ils n’ont pas pu créer un cercle social à leur convenance, ce qui prend du temps) : ils sont venus pour avoir une discussion enrichissante, mais au lieu de cela, ils passent finalement leur temps à expliquer qu’ils n’ont jamais insinué ceci, qu’ils n’ont jamais affirmé cela, qu’ils n’ont jamais voulu agresser Untel… Quand bien même, ironiquement, ils s’expriment en général d’une manière très claire et franche, laissant peu de place à l’ambiguïté. S’ils sont jeunes adultes, ils ont même la plupart du temps assez de Fi pour faire un réel effort de diplomatie. Ces expériences s’avèrent frustrantes pour les INTJ : bien qu’ils soient des types assez adaptables en société, capables de travestir leur style de communication pour provoquer moins d’ennuis, ils ont également besoin de laisser respirer leur authenticité pour rester sains d’esprit. Vous rendrez très heureux un INTJ en lui offrant un havre où sa manière de s’exprimer est non seulement acceptée, mais aussi reconnue pour ses qualités.